lundi 24 août 2015

La sexualité est-elle féminine ?

Je ne sais pas si vous avez remarqué... Sur les sites de rencontres, les hommes sont significativement majoritaires. J'ai lu un article qui parle de 2/3 d'hommes pour 1/3 de femmes. Sur les sites libertins, c'est encore plus accentué. Par exemple, celui où je suis inscrit compte 70% d'hommes, 20% de couples et 10% de femmes. Sachant qu'en plus une partie des des fiches couples (et même des fiches femmes !) sont en fait tenues par des hommes, et que les hommes sont en moyenne plus actifs et demandeurs que les femmes, ça donne une idée du désastre.

Mais ce n'est pas le sujet de ce billet.

Dans un autre coin d'Internet, on trouve les sites sur la sexualité. Et là, miracle, il n'y a quasiment plus que des femmes. SexActu, Cerise, Ohmylollipop, Paris Derrière, les Chacuteuses ... Parmi ceux que je connais, seul Nouveaux Plaisirs est tenu par un homme.

Alors, c'est peut-être lié au fait qu'il faille une formation de journaliste pour écrire bien et régulièrement, et qu'il y aurait plus de femmes que d'hommes dans cette filière. (Je n'ai pas cherché les chiffres, mais ça parait possible.)

Cela dit, j'en ai aussi une autre lecture. Depuis la révolution sexuelle, la sexualité féminine longtemps occultée a été dévoilée, explorée et mise en avant. Hélas, en retour de balancier, la sexualité masculine a été ringardisée et laissée de côté.

Ainsi, on n'a jamais autant parlé de clitoris, de plaisir féminin ou des fantasmes des femmes, tout en gardant l'image d'une sexualité féminine mystérieuse (ce qui sous-entend que la sexualité masculine serait évidente ?) et complexe (parce que l'homme est simpliste ?). Avez-vous déjà lu un article sur "le gland, cet inconnu ?" Je suppose que non, mais ça ne signifie pas pour autant qu'il n'y ait rien à dire sur le sujet.

Pire, la sexualité masculine est aussi perçue comme vulgaire, bestiale et violente, là où la féminine n'est qu'élégance, douceur et tendresse. (Ha ha ha.) Effet secondaire : cela rend les hommes totalement illégitimes pour parler de sexe. Pour caricaturer : une femme qui parle de sexe, c'est bien. Elle est libérée et limite courageuse. Un homme qui parle de sexe, c'est un pervers qui ne pense qu'à se taper ses lectrices.

On sait déjà que la beauté est féminine. Une femme en couverture d'un magasine télé vend plus qu'un homme. La vaste majorité des photos érotiques représentent des femmes seules ou des couples où l'homme est anonyme (de dos ou décapité). On pourrait croire que ce n'est qu'une conséquence du fameux "patriarcat", mais cela concerne aussi les produits destinés aux femmes.

Pour résumer, que ce soit dans "Lui" ou dans "Elle", on ne voit que des femmes !

Dans le même ordre d'idée, les représentations de sexualités alternatives reposent souvent sur des femmes. Passons rapidement sur les trios ou les trouples, où la version deux femmes-un homme est plus fréquente que une femme-deux hommes, inverse de la réalité. C'est surtout le SM qui m'intéresse ici.

Depuis que je suis sensibilisé à ce phénomène, je ne peux m'empêcher de tiquer face à prépondérance des images de dominantes et de soumises. Une femme avec une femme. Certes, il y a sûrement un côté fantasmatique, plus le fait que la beauté est féminine... Mais je me demande aussi si une scène de domination n'est pas plus difficile à faire passer avec un homme dominant.

Le photographe (et son commanditaire) ne craignent-ils pas qu'un homme soit mal vu dans le rôle de dominant ? Quand on voit deux femmes ensemble, on n'imagine pas un instant qu'il puisse y avoir un problème de consentement, quoi qu'elles se fassent. Inversement, si un sadique maltraite une femme, remonte l'idée que ce n'est qu'un modèle qui fait ça pour gagner sa vie, à contre-coeur, tandis que l'homme profite d'elle pour assouvir ses instincts. (Théorie qui explique d'ailleurs au passage que les actrices porno soient plus payées que leurs homologues.)

Plus on montre des choses dures ou éloignée de la norme, moins on voit d'hommes, afin de prouver sa légitimité.

L'affiche du festival Erosphère, qui se tient en se moment à Paris, en est un exemple frappant (au point d'avoir motivé ce billet !).


Quatre femmes, deux hommes ... dont un au genre fluide et portant une tenue féminine (et qui, grâce à cela, a droit à un bisou) et un autre au visage masqué, comme pour effacer sa présence, et à qui de toute façon, on tourne le dos ! Lourd symbole d'une certaine vision de la sexualité.

4 commentaires:

  1. Et bien un grand merci ca faisait un moment que ce genre de truc nous ennervé et là vous soulevez plein de petite question ... d'ailleurs vous nous avez inspiré on va essayer de faire un article sur le gland et qu'en faire :) bonne route à vous et merci, ca nous a détendu

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  2. Bien vu. On pourrait aussi se demander pourquoi les auteurs érotiques publiés aujourd'hui sont majoritairement des femmes.

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  3. Il y a du pertinent et du moins pertinent dans ce constat.
    Concernant le nombre de site parlant de sexualité et axé sur le plaisir féminin, il faut quand même reconnaître que notre société actuelle l'a longtemps fait passer derrière le plaisir au masculin. Je reprends toujours cette remarque pertinente d'une ancienne amante : dans un « premier rendez-vous » (ou « coup d'un soir »), l'homme est quasiment sûr d'atteindre l'orgasme, la femme beaucoup moins. Raison pour laquelle la majorité des sextoys sont faits pour aider la femme à jouir.
    La façon indigne dont le clitoris a été traité par la médecine moderne est aussi un signe révélateur de cette inégalité (qui, à mon avis, n'est pas encore réparée car je ne crois pas que nous soyons représentatif de la population).

    Par ailleurs, l'érotisme reste majoritairement adressé à un public masculin même si la part de femme qui consomment du porno augmente. Donc : nus féminins et, pour faire écho au commentaire de Vagant, textes érotiques écrits par des femmes parce que, probablement, ça excite plus les hommes de savoir que ces récits proviennent d'un imaginaire féminin.

    Il y a donc de nombreuses inégalités contre lesquelles il faut continuer de se battre et alors, alors seulement, on trouvera peut-être le corps masculin érotisé comme celui de la femme, et des proportions H/F moins désolantes sur les sites de rencontres (as-tu vu le scandale du site Ashley bidule, d'ailleurs, sur le nombre très réduit de femmes réelles fréquentant ce site de rencontre adultère ?).

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  4. Le clitoris a été mal traité (et maltraité) au 19° et au début du 20° siècle, mais c'était une période qui maltraité les femmes de façon générale. Ce n'est pas propre à cet organe.

    Sinon, je ne suis pas convaincu qu'on puisse efficacement lutter contre une inégalité en en créant une autre.

    J'ai vu avec intérêt l'affaire Ashley. Je me demande si c'était visiblement un site-arnaque comme il en existe en France, ou s'il apparaissait de l'extérieur comme un site tout à fait fréquentable et fréquenté. (L'existence de faux profils animés par du personnel de la société me fait plutôt pencher pour la première option.) Cela expliquerait l'extrémité de ce déséquilibre.

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