jeudi 18 octobre 2012

BDSM et libertinage : amis ou ennemis ?

Mercredi soir avait lieu le 64e dîner-débat du Munch, sur le thème : "BDSM et libertinage : amis ou ennemis ?" Je ne vais pas en faire un résumé ou un compte-rendu, et je souhaite bonne chance à la personne qui s'en chargera pour l'association PariS-M. Les interventions ont été trop nombreuses et trop variées pour cela. Mais le débat m'a inspiré quelques réflexions.

Parce qu'ils procèdent de la même mécanique, BDSM et libertinage engendrent des codes différents mais relevant de la même logique. Je m'explique. Si l'on considère le couple vanille et exclusif comme la norme, le BDSM et le libertinage sont des exceptions à la norme, des addendas au contrat.

D'un côté, on intègre les notions de domination, de souffrance, de contrainte comme une composante acceptable et même souhaitable d'une relation, alors qu'un couple "normal" est censé être tendre. De l'autre on autorise des tierces personnes à rejoindre le couple (ou plus généralement à pratiquer le sexe à plus de deux si l'on est célibataire), alors qu'un couple normal est censé être parfaitement monogame.

Je que j'ai senti lors du débat d'hier, c'est que ces écarts par rapport à la norme nécessitent des règles et des codes pour fonctionner. Sans cela, l'équilibre serait rompu et plus rien ne serait possible. Les questions du quand, comment, avec qui, et ainsi de suite doivent être réglées à l'avance. Et c'est vrai à la fois en interne et en externe : au sein du couple d'abord, mais aussi "en société", c'est-à-dire en club ou lors d'une fête.

Les codes généralement acceptés dans chaque milieu sont adaptés à l'exception correspondante. Dans le libertinage, un contact corporel (une main sur la cuisse par exemple) est une façon polie d'aborder quelqu'un. Dans le BDSM, non. C'est logique puisque le but du libertinage est d'intégrer des étrangers dans un rapport sensuel, alors que le BDSM se pratique principalement entre connaissances.

Inversement, une fois entrée dans un jeu BDSM, donner une claque sur les fesses n'est a priori pas un soucis, ou fait partie des négociations de base. Mais c'est mal vu dans le libertinage, du moins de la part de la "pièce rapportée" et, d'expérience, peut donner lieu à des engueulades. En effet, un couple libertin s'entoure de toutes sortes de limites comme autant de protections : "on n'embrasse pas", "on ne se revoit pas" ou encore "on ne fait rien avec quelqu'un d'autre qu'on ne fait pas entre nous". Donner une fessée sans prévenir revient à s'arroger un droit qui n'a rien d'automatique.

Combiner les deux codes n'est pas évident, puisqu'ils sont contradictoires sur certains points. Il n'est pas étonnant que les lieux de sortie se consacrent à l'un ou à l'autre milieu, même si la porosité de la frontière a apparemment augmenté ces dernières années.

Cette interpénétration des deux milieux était l'une des questions posées lors du débat, mais elle n'a pas reçu de réponse claire. Peut-être est-ce juste dû à une meilleure visibilité du BDSM comme du libertinage, à travers les événements, les médias et tout simplement la magie d'internet, là où tout était plus caché il y a dix ans. Peut-être aussi, plus prosaïquement, est-ce une tentative des clubs d'élargir leur clientèle face à des difficultés financières.

Pour ma part, j'ai découvert le SM et le libertinage à peu près parallèlement, que ce soit par Union ou Anais Nin d'abord, puis par alt.sex.stories à la fac. Si j'ai parlé lors du débat du plaisir que je pouvais avoir soit en tant que libertin, soit en tant que SMeur (Il n'y a pas de meilleur mot pour "pratiquant du BDSM" ?), ce ne sont pourtant que des façons similaires dont s'exprime mon goût global pour la sexualité.

15 commentaires:

  1. Bonjour Monsieur Chapeau,
    ton "compte rendu" qui n'en est pas un est très bien rendu, en tout cas!
    Cela fait longtemps que je ne suis pas venue à un débat, celui-ci avait l'air bien intéressant.
    L'introduction dans le couple D/s ou SM d'un tiers ou d'une tierce est habituel, non? Cela ne me paraît pas antinomique... Par contre, là où je te rejoins tout à fait, c'est sur les codes et les apostolats: en libertinage, l'accord est sûrement renégociable sans cesse, alors que comme en BDSM (surtout le pan D/s) il y a délégation de pouvoir, la négociation aura sûrement lieu moins souvent... (sourire).

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    1. Antinomique, non, mais habituel, je n'ai pas l'impression.

      Est-ce que la délégation de pouvoir inclut le choix d'éventuels partenaires extérieurs ?

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  2. "C'est logique puisque le but du libertinage est d'intégrer des étrangers dans un rapport sensuel, alors que le BDSM se pratique principalement entre connaissances."
    un Monsieur dont j'ignore le nom a parlé d'échange de corps contre échange de pouvoir.

    @ Bêlit : l'introduction d'une tierce personne dans le BDSM n'est pas du tout la norme, au contraire, le D/s est véritablement une histoire de couple, de relation dans la durée. les tierces dans les rares cas où ils sont là sont des "outils", voire des éléments de décor.

    En tout cas on s'aperçoit que ce n'est pas évident à formuler.
    V

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    1. Echange de corps et échange de pouvoir, oui, je me souviens. C'est bien vu.

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  3. excellent "non compte-rendu", merci à toi.

    je suis censée être la pigiste du débat, toutes les perceptions sont bienvenues ;-)

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    1. De rien, Elisalbete. Où pourra-t-on lire ton "vrai compte-rendu" ?

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  4. J'ai du mal à comprendre cette priorité donnée aux couples dans la pratique du SM comme du libertinage - tu utilises le mot "libertinage" mais tu ne parles que d'échangisme.
    N'était-ce un débat que sur les couples libertins ou SM?
    Si l'on définit ces pratiques sous l'angle des modalités de négociations au sein du couple, que deviennent les hommes et femmes seuls qui par définition ne peuvent rien négocier?
    Et j'ai du mal à comprendre cette notion de continuité de la domination dans le couple SM et le fait de ne pas introduire fréquemment de tierce personne. Il me semble que cela ressort de la domination sociale, pas du jeu de rôles avec un début et une fin de séance...
    Alors, pratiques des couples échangistes contre pratiques des couples SM chroniques, OK. Je comprends mieux le débat.
    Mais ces différentes pratiques ne s'inscrivent-elles pas comme des formes de sexualités non reproductives et non conformistes associées à une recherche de plaisir physique et mental dans le courant du libertinage au sens large?

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    1. Pour le débat du Munch, le libertinage était limité au sexe de groupe, pour éviter que le débat s'embourbe dans la philo du XVIIe, etc. C'est un choix du maître de cérémonie et cela a permis de guider la conversation, tout en fermant d'autres pistes.

      Dans mon analyse, je parle surtout de couple, parce qu'ils sont les moteurs des clubs (les solos sont minoritaires dans le libertinage et le SM) et parce qu'ils sont aussi les plus demandeurs de codes et de garde-fous. Du coup, leurs façons de faire se propage à tous et fixe ce qui se passe dans le milieu.

      Me semble-t-il.

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    2. J'ai du mal à juger de ce qui se passe sur Paris, mais au niveau commercial, que ce soit dans le sud-est ou au Cap, les couples ne sont pas les moteurs des établissements, mais des moyens de susciter l'intérêt des hommes seuls qui, eux, sont une clientèle lucrative. L'évènementiel autour du couple est nécessaire à la bonne image de tout établissement, mais les couples ne sont pas rentables, ni en club ni en sauna, à une ou deux exceptionnelles exceptions près...
      Au niveau des codes, effectivement, la rationalisation des comportements est une question plus travaillée par les couples. Néanmoins, il me semble abusif de dire que leurs façons de faire se propage à tous puisqu'il s'agit avant tout de régir les interactions hommes - femmes : échange hétérosexuel entre couples, femme en couple et femme seule ou homme seul...
      Il me semble que c'est avant tout la gestion spécifique des relations de genres qui est en question. Je crois que les femmes fixent beaucoup plus que les couples ce qui se passe dans le libertinage en tous cas. Je connais moins en détail le milieu SM.
      Et n'oublions pas qu'à se focaliser sur les couples, on finit par penser comme Daniel Welzer-Lang, ne même pas voir que les femmes seules existent et croire que le libertinage n'est que prolongement de la domination masculine et échange des femme par des hommes.

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  5. Je suis toujours étonnée quand je vois les cloisonnement qui sont mis entre "types de sexualité"... Comme si les gens appartenaient à une catégorie sans pouvoir en sortir. J'aime le BDSM (soft) ET la vanille. Je suis affectivement fidèle ET libertine. Je ne me reconnais jamais dans une classe déterminée...
    J'aime ben votre blog. Puis je vous mettre en lien dan le mien?

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    1. Pour moi, les mots sont plus un raccourci qu'un cloisonnement. Une façon plus simple de se présenter, plutôt qu'une étiquette dont on ne peut se débarrasser.

      Merci. Vous avez bien sûr ma permission d'ajouter un lien dans votre blog. Je ne connaissais pas le vôtre, mais c'est un tort. Je l'ai parcouru avec plaisir, et le thème me parle. :)

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  6. C'est sans doute parce que je vous découvre et je trouverai la réponse à ma question un peu plus profond dans vos archives, mais je la pose quand même: quelle est la vôtre, de définition du libertinage? Qu'y mêlez-vous?

    Et merci de relayer et de rappeler le sourire, indélébile et solaire de Sarah.

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    1. Bienvenu Mars !

      Je dirais que libertinage est le fait de s'affranchir du moralisme culturel en matière de sexualité, que cela s'exprime par le sexe de groupe, le lutinage ou autre.

      Et vous ?

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  7. j'ai trouvé: samedi 7 novembre 2009. Bon, ce n'est pas tout à fait votre définition du libertinage, mais ça s'en approche.

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  8. Pour moi le libertinage passe bien par ce que l'on veut. Tout l'intérêt est dans le suffixe. Et que la forme par laquelle on choisit ou on transige de l'exprimer rende heureux.

    Merci de votre réponse.

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