jeudi 5 janvier 2012

Janvier 2012 (?) - Le Club des Cinq

J'ai réalisé il y a quelques jours un fantasme qui me turlupine depuis des années, et que je dois à la lecture d'un livre de science-fiction, le cycle de Mars (de Kim Stanley Robinson). Je dirais dans le deuxième tome, Mars la Verte, mais sans certitude. L'un des personnages participe à une forme de partouze soft, proche du mélangisme sans en être vraiment. Une personne s'allonge, ferme les yeux, et tous les autres protagonistes le caressent, hommes ou femmes, sur tout le corps. Le bienheureux se perd ainsi dans un océan de volupté, les mains et les langues de ses amant(e)s devenant anonymes par la force du nombre.

Dans le roman, les rôles changent à tour de rôle et l'aspect sexuel est finalement assez mis en avant. Cela n'allait pas être le cas lors de notre réinterprétation de la scène.

J'avais rendez-vous avec les quatre autres membres du Club dans un bar non loin de l'appartement de la sixième. Une fois le dernier arrivé et les consommations payées, nous nous mettons en chemin, tout en devisant gaiement. Rien dans notre attitude ne laisse transparaître la lubricité de nos intentions. Ce n'est que devant l'interphone que nous devenons plus graves. Je sonne, pas de réponse mais la porte s'ouvre. Nous grimpons l'escalier à la queue leu-leu.

La porte de l'appartement est entrouverte. Je la pousse, puis pénètre dans l'entrée plongée dans la pénombre. De la musique classique émane du salon. A. est debout, dos à l'entrée. Comme convenu, elle ne porte que des escarpins, des bas et une nuisette transparente, symbole de son hospitalité. Le jeu lui interdit de nous voir pour l'instant, tout comme il nous défend de parler. Je m'approche d'elle et lui passe un bandeau sur les yeux, tandis que mes collègues se saisissent chacun d'un des verres disposé sur la table basse et s'éparpille sur les chaises et le divan.

A. étant momentanément aveugle, je la tiens par les épaules et l'invite à se retourner vers nous. Elle pousse un petit soupir, comme si elle avait été trop concentrée sur l'attente pour respirer ces dernières minutes. Tous les regards sont tournés vers elle, admiratifs et hésitants à la fois. X. est le premier à bouger ; il pose son verre, se lève et s'avance vers A. Il enserre son cou des deux mains et l'embrasse sur les lèvres, d'abord tendrement, puis sans retenue.

Nous sommes maintenant trois autour d'elle. Moi dans son dos, qui lui caresse les cheveux et les épaules, X. devant, une main sur son sein et la langue dans sa bouche, et Y., accroupi, qui lui flatte les hanches. Le ballet commence. Difficile d'être tous actifs en même temps, surtout sans pouvoir s'aider de la parole pour se coordonner. Naturellement, nous laissons l'initiative à l'un d'entre nous, jusqu'à ce qu'il se retire et laisse la place à un autre. Ainsi, par vague, nous éveillons sensuellement le moindre centimètre carré de la peau d'A.

Nos caresses se font de plus en plus osées, de plus en plus précises. Chacun agit en fonction de ses goûts et de ses envies. Qui mordille les tétons, qui mets deux doigts dans le sexe humide d'A, qui encore se fait prodiguer une fellation. Certains redoublent de passion et de technique dans leurs cunnis, comme si un concours était en jeu. Bien sûr, nous sommes toujours au moins deux, souvent plus, à nous affairer sur le corps brûlant de notre proie. L'idée est précisément qu'elle ne sache plus où donner de la tête, que les sensations dépassent toute mesure, qu'elles débordent.

Il est temps de passer à la suite, de changer de pièce. Les volets de la chambre sont fermés, laissant transpercer une lumière tamisée. Je retire le bandeau des yeux de A. Elle a gagné le droit de deviner nos silhouettes, à défaut de nous voir nettement. Z. habille déjà son sexe dressé d'un habit de latex. Il est le premier à prendre A., alternant vas-et-viens lents mais profonds et rapides mais plus superficiels. Nous nous disposons sur le lit de part de d'autre de notre proie, la caressant tout en étant caressés, du moins quand elle n'est pas trop distraite par la queue qui s'active entre ses cuisses.

Chacun notre tour, nous jouissons d'A. et elle de nous. Elle n'en peut plus, mais, comme enivrée, elle en veut toujours plus. Ses doigts agiles et ses yeux implorants sachant nous redonner des forces, le jeu se poursuit encore longtemps.

Puis finit par s'arrêter, faute de combattants.

Nous nous retrouvons dans le salon, nus comme des vers, luisant de sueur. Un dialogue s'installe, finalement. Débriefing des amants repus. Evocation d'instants datant d'il y a quelques heures à peine. Puis, à regret, le départ et la dispersion dans les rues de Paris.

13 commentaires:

  1. Oh my god(e)!!! Que c'est beau! Que c'est bien narré! Vous avez raconté cette scène comme si je vous avez filé mon fantasme en guise de scénar... Votre dédicace m'a fait vibrer de plaisir... Un doute m'habite néanmoins: je suis tellement troublée que je ne parviens à distinguer s'il s'agit d'une fiction (qui me conforte plus que largement dans mes velléités partouziaques et ganguebanguesques)), ou s'il s'agit (ce que j'ai compris) d'un moment vécu et relaté avec cette dédicace à mon fantasme "Club des Cinq". Quoi qu'il en soit, mes respects, chapeau bas, M.Chapeau, votre récit, accompagné de quelques doigts, me fit joliment jouir.
    Une reconnaissance de votre plume, donc :-D

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  2. Vous êtes complètement davantage (je sais ,je sais, pas français!) dans le romantique que dans le pornographique...
    Votre narration est l'illustration parfaite de mon concept de "romantisme sexuel".
    Je vous l'emprunterai pour ma prochaine conférence ;-)

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  3. Vous aviez la réponse à votre question dans le libellé, Anna. Ma première phrase est un mensonge. En fait, à part l'anecdote du roman, tout le reste est un mensonge. Ou peut-être... un programme, qui sait ?

    Romantique sexuel ? Ma foi, pourquoi pas ! C'est une étiquette qui me va bien.

    Je suis ravi de vous avoir fait jouir, en tout cas. Je vous avouerais que tel était le dessein de ma prose...

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  4. Très bien écrit, M Chapeau... On s'y croirait !

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  5. Vraiment, un superbe récit.
    Combler une femme de caresses, se démultiplier pour son immense bonheur...
    Ce n'est pas que du roman, parfois et même en club ces moments de grâce se produisent

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  6. Et le pacte autobiographique, M.Chapeau, et le pacte autobiographique??? Et Montaigne, et Rousseau??? Bon, faute avouée à moitié pardonnée. La fessée sera douce.
    Vous vouliez faire jouir Anna? Tiens donc...

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  7. Joli récit ! Fiction ou réalité, voilà qui me rend rêveuse, bien plus que la prose d'Anne Rice ;-)

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  8. Anna, le pacte, je m'assois dessus. Comme ma vie est actuellement assez rangée, mon esprit divague ...

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  9. Faut-il envisager un tel scénario pour atteindre une sasiété qui m'est étrangère en la matière ? Me voilà toute songeuse grâce à vous M. Chapeau !

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  10. Encore accord : merci ! Faites de jolis rêves :)

    Onde : c'est une question difficile. Concrètement, il n'y a pas beaucoup de différence entre cinq amants qui se relaient et un seul qui bande sans discontinuer pendant des heures, ce qui vous laisse en manque d'après votre dernier billet.

    Évidemment, chaque homme ayant une approche unique de la sexualité, ils comblent des besoins différents. A cinq, ils sauraient peut-être vous apaiser.

    Cependant, d'après mon expérience, une bonne partouze a un aspect euphorisant qui peut donner envie d'encore plus ! Il m'est souvent arrivé de sortir de plusieurs heures de sexe en ayant envie de séduction, de caresses ou d'y retourner.

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  11. wouah... là, où juste le fantasme se suffit à lui-même, d'autant plus s'il est bien écrit!!

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  12. Quelle merveilleuse, délicieuse description. Ce récit est un rêve. Et si tu envisages faire profiter davantage la gente féminine de tes talents érotiques polyvalents, surtout pense à moi! Il est si difficile de se baigner dans une atmosphère telle que tu la proposes, associant si harmonieusement sensualité et sexe...

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