lundi 16 novembre 2009

Moon City - juillet 2009

Dans les prochains billets, je vais revenir sur mes aventures libertines de ces derniers mois, en commençant par ma première sortie après la dissolution de notre couple. Après coup, j'ai réalisé que j'avais été présomptueux en sortant si tôt après la rupture (un peu moins d'un mois). Sur le coup, j'allais bien et je pensais que tout irait bien. Mais je m'avance. Reprenons au début.

Première présomption : j'ai beau avoir navigué plusieurs fois dans le quartier, monter dans la voiture que me prêtaient mes parents sans vérifier qu'elle contenait un plan de Paris était une erreur. Une fois le boulevard de Clichy localisé, je n'ai pas eu de problème pour retrouver le parking que je visais. Oui, mais il m'a fallu un temps incroyable pour trouver ce satané boulevard !

En arrivant à pied devant le Moon City, l'appréhension me serrait le ventre. Je me demandais à l'époque si ce phénomène, que j'avais déjà vécu lors de mes deux sorties au No Comment avec Mlle Coquelicot, et qui m'avait d'ailleurs gâché la seconde, allait perdurer encore longtemps. Depuis, j'ai appris que non, comme nous le verrons une prochaine fois.

Je n'allais pas au Moon City en solitaire. Pas en couple non plus, hélas. J'y allais à l'occasion d'un anniversaire organisé par les lecteurs d'un forum de libertins (doctissimo pour ne pas ne pas le nommer). Je savais que j'y retrouverai trois couples de blogueurs qui me connaissaient déjà virtuellement par les commentaires que je laissais régulièrement sur leurs billets. Une jeune femme du forum avait également manifesté son envie de me voir. En tout, une quarantaine de forumistes allaient être là, sans compter les autres clients.

Etant un peu en avance par rapport à l'horaire que j'avais annoncé, je passais le temps en visitant les rues perpendiculaires du boulevard de Clichy, qui dissimulent des trésors de petites maisons. Enfin, il était l'heure d'y aller. Je me présente au guichet, encore tout impressionné. Là, le patron du club me reconnaît tout de suite, grâce à mon couvre-chef : "Monsieur Chapeau ?"

Son accueil est sympathique, mais je dois bien avouer ne plus en avoir un souvenir exact. Il me fait entrer, me donne paréo, serviette et clé de casier, me présente rapidement les lieux et le fonctionnement du club. Je monte donc me changer. Le vestiaire est à l'image du club : élégant et travaillé. Les casiers sont en bois peint, les murs ont une texture chaleureuse.

En sortant des vestiaires, je croise la jeune fille du forum, nous échangeons quelques mots. Peut-être est-ce moi qui suit intimidé ou gêné, mais je ne sens pas d'étincelles entre nous. Il faut dire aussi que le lieu ne s'y prête pas.

J'entre ensuite dans la grande salle du club. A droite, un bar, à gauche une longue table où sont déjà installés de nombreux forumistes, plus au fond une deuxième salle et au-delà le début de la partie humide. Je ne sais plus si je me présente ou si quelqu'un m'aborde, mais je me retrouve à dire bonjour à tout le monde. On me demande plusieurs fois où est mon chapeau. C'est qu'il craint l'eau ! Je l'ai laissé au vestiaire.

La valse des pseudo me donne d'autant plus le tournis que je ne connais au final pas grand-monde du forum, que j'ai souvent parcouru, mais où je ne suis inscrit que depuis quelques jours. Je repère tout de même le couple dont on fête l'anniversaire ce soir-là, et deux des couples de blogueurs (le troisième n'est pas encore arrivé). Je trouve une place à côté de l'un d'eux, appelons les M. et Mme Lejanne.

J'avais déjà vu des photos de leurs visages, mais je ne sais pas si je les aurais reconnus. A partir d'une photo, on reconstruit toute une personne, toute une personnalité qui correspond rarement à la réalité. Inversement, je ne connaissais que des photos anonymes, de corps sans visages, de l'autre couple de blogueurs, M. et Mme Joule. J'espère qu'ils ne le prendront pas mal, mais leurs photos ne sont pas très réussies : elles ne leur rendent pas justice.

Je suis difficilement à l'aise avec les grandes assemblées. J'arrive tout de même à participer aux quelques conversations où je comprends quelque chose. Heureusement, les Lejanne prennent soin de moi. Nous parlons beaucoup, de libertinage principalement. C'est le point le plus positif de la soirée, cette liberté de pouvoir parler sans retenue, sans limite, de ce sujet qui me passionne depuis si longtemps et que je ne peux pas partager avec mes amis. Et lorsque j'en parlais avec Mlle Coquelicot, c'était lors de discussions toujours sur le fil du rasoir, toujours compliquées.

Lorsque les Lejanne comprennent que c'est ma première visite dans ce club, ils me proposent de m'en faire faire le tour. Nous traversons le deuxième salon, où sont refoulés les clients normaux, puis devant le jacuzzi, en fait plus près de la petite piscine. Il faut ensuite monter un escalier pour arriver à l'étage du hammam, du sauna et des quelques alcôves.

Globalement, le club est très élégamment décoré, dans un style indien à base de bois et de statues de bouddhas ou de divinités hindoues. Par contre, dans les alcôves, le tissu plastifié des matelas est percé par endroit, ce qui n'est ni esthétique ni hygiénique. Les couloirs me semblent un peu mieux éclairés qu'au No Comment, une bonne chose pour identifier ses éventuels partenaires.

Nous revenons ensuite à la fête d'anniversaire, qui se poursuit encore longtemps. Bizarrement, le fait d'être tous nus sous nos paréos fait perdre une grande partie de son érotisme à cette nudité. A peu de choses près, on pourrait se croire à une fête entre copains. Ou à une soirée de Club Med, avec ses Gentils Organisateurs. M. et Mme Daguerre, arrivés entre temps, me confient que l'ambiance est très différente d'habitude. Ils ont l'air assez déçus et s'éclipsent rapidement pour profiter des installations pendant que nous attendons le dessert devant un spectacle de strip-tease masculin qui me met particulièrement mal à l'aise.

Après la distribution des cadeaux, nous avons quartier libre. M. Lejanne est interviewé par une journaliste de Paris Première. Je participe un peu à leur discussion. En parallèle, j'entreprends Mme Lejanne sur le sujet du fétichisme des pieds. Pour illustrer mes dires, je saisis le sien, le lèche d'un bout à l'autre et plonge ses orteils dans ma bouche. Elle arrive à ne pas hurler de rire, ce en quoi je la remercie. Mais nos jeux s'arrêtent là.

Je fais plusieurs tours à l'étage. Je vais dans le hammam, mais l'air saturé d'humidité me prend à la gorge et je ne peux pas rester longtemps. Je n'ose pas essayer le sauna, ayant trop peur de la chaleur. Je passe les alcôves en revue. Plusieurs sont fermées, occupées par des duos ou des quatuors. On entend leurs gémissements de plaisir à travers les portes. Dans le seul coin resté ouvert, un groupe d'une dizaine de personnes s'ébat lascivement. Deux femmes s'embrassent, chacune baisée par un homme et caressée par d'autres. L'une d'elle tient la main d'un homme inactif ... son mari ?

Je demande à plusieurs personnes, femmes ou couples, si elles cherchent de la compagnie, mais toutes me répondent par la négative. Plus ou moins poliment. Les Lejanne sont toujours occupés en bas avec la journaliste. Les Daguerre et les Joule ont disparu, ainsi que la jeune fille. Je tourne, je retourne, mais je finis par me rendre à l'évidence : personne ne veut de moi.

Sur le coup d'une heure du matin, je dis au revoir et je sors du club. Je croyais jusque-là avoir bien pris la fin de notre couple. Je pensais avoir surmonté rapidement la douleur de cette rupture. En fait, elle n'avait pas commencé. Pas vraiment. Ce n'est qu'en sortant de ce club, ce soir-là, que tout m'est tombé sur le coeur. Voir tous ces couples vivre ce que j'avais voulu vivre avec Mlle Coquelicot et qui nous avait détruits, me sentir rejeté de tous côtés, avoir fait tant d'efforts sur moi-même pour rien, cela a brisé le dernier pilier qui me restait. Vivre pleinement et librement ma sexualité était le seul avantage que je trouvais au divorce à venir. Si je ne pouvais pas profiter de cela, alors il ne me restait rien.

Je me suis retrouvé en larmes sur le boulevard de Clichy. Le retour à Orléans a été difficile, entre fatigue et désespoir.

Quelques jours plus tard, j'écrivais un dernier billet sur mon blog précédent. Une ultime tentative pour convaincre Mlle Coquelicot de laisser une chance à notre couple. Sans succès.

(...)

Ce n'est que deux mois plus tard que j'ai retrouvé un début de confiance en l'avenir.

9 commentaires:

  1. Peut etre un mal pour un bien.

    C'est en descendant au plus bas qu'on évacue toutes nos frustrations, qu'on comprend ce que nous sommes vraiment et finalement qu'on repart du bon pied.

    Un reset psychoologique en quelque sorte.
    L'idéal etant que cette phase ne dure pas trop longtemps.

    RépondreSupprimer
  2. Les grandes réunions de ce type ne sont assurément pas les meilleures occasions pour prendre le temps de discuter avec chacun et chacune. Vive les petits comités !

    M & Mme Lejanne ^^

    RépondreSupprimer
  3. Palaume : Il fallait effectivement briser l'illusion dans laquelle j'étais depuis la séparation. Toutefois, c'est un moment que je ne souhaite revivre pour rien au monde, et dont j'ai du mal à considérer comme bénéfique. Enfin, c'est heureusement déjà du passé. Je suis vivant, c'est l'essentiel.

    Libertango : Ah ben, c'est malin, vous gâchez tout le jeu, M. Lejanne ! :)

    RépondreSupprimer
  4. C'est trop triste à lire, mais j'imagine tout à fait la scène, sortir de là et se sentir rien du tout.
    Mais comme dit Laume, pour remonter il faut parfois toucher le fond.
    Et pour profiter au maximum d'une soirée, qu'elle soit libertine ou pas d'ailleurs, il faut imprativement être dans de bonnes dispositions sinon, ça le fait moins, voir comme ici, pas du tout.
    Quoi qu'il en soit, les soirées se suivent et ne se ressemblent pas.
    Bises à toi
    Anis

    RépondreSupprimer
  5. Ton récit est super touchant. Il illustre parfaitement la solitude qu'on peut ressentir après une rupture dans une soirée où il y a beaucoup de couples, peu importe le type de soirée^^.
    Ca fait plaisir de lire que par la suite, tes sorties ont été plus heureuses. ;-)

    RépondreSupprimer
  6. M. Chapeau, tu devrais publier sur papier certains articles de ton blog comme celui-là. Magnifique et touchant. Je n'ai jamais été attiré par les clubs libertins. Certainement en raison de ce qui t'est arrivé ce soir là. Sale expérience mais très beau post.

    RépondreSupprimer
  7. Cher monsieur Chapeau, bien triste expèrience. Vous aviez, sans doute, en effet, présumé de votre capacité à tourner la page.
    Pour ma part, j'ai l'impression que le club perd beaucoup de son attrait lorsqu'on y va seul.

    RépondreSupprimer
  8. Oh? Un commentaires perdu dans les abysses d'Internet, je répète...
    J'avais deviné pour les Lejannes, eheh, à cause du journaliste !

    Triste récit effectivement. Un être vous manque et tout est dépeuplé ? Drôle d'impression cette solitude en groupe. Cela prend du temps de se reconstruire, j'imagine... la dernière phrase du billet redonne le sourire !

    Bises,

    Mely

    RépondreSupprimer
  9. Douces tentations : Oui, c'est triste. C'est surtout pathétique ... Je ne suis pas quelqu'un de très malin, visiblement. Sortir en club libertin est éprouvrant, d'autant plus pour un homme seul. Il faut être solide. Je pensais l'être, je ne l'étais pas. J'aurais au moins appris cette leçon là.

    Khalya : Un grand moment de solitude, oui. Même si j'ai été bien entouré, et si j'ai passé une bonne première partie de soirée. La suite s'est mieux passée, même si le succès n'est pas toujours au rendez-vous.

    Deftones75 : Publier, je n'y crois pas trop. Mais je vais pas prétendre que je n'y pense pas en me rasant :)

    Alice : Les clubs libertins sont des espaces essentiellement tournés vers les couples, oui. Mais l'échangisme n'est pas la seule forme de sexualité plurielle qui s'y pratique, loin de là. Les couples ont besoin des hommes seuls pour le triolisme ou pour la pluralité. On peut donc y trouver son compte ... mais ce n'est pas systématique.

    Mel'Ody : Oui, mes derniers billets sont plus négatifs que ne l'est ma vie actuellement. Il semble que je sois plus motivé pour écrire par mes moments de doutes que par mes moments de bonheur. Plus pudique aussi peut-être.

    RépondreSupprimer